Se former à la médiation intergénérationnelle

par | Sep 13, 2022 | 0 commentaires

Des demandes de médiations intergénérationnelles en recrudescence.

La famille a changé. Les rapports d’autorité ont évolué. Il y a davantage de séparation, de recomposition, d’éloignement géographique des familles qui peuvent fragiliser les liens. L’avancée en âge est également facteur de pathologie, de handicap, de perte d’autonomie qui peuvent engendrer des tensions familiales.

Il n’est donc pas surprenant de voir se multiplier les demandes de médiation qui concernent des tensions au sein des relations intergénérationnelles ou des ruptures de liens.

Antoine et Claudine se sont décidés à franchir la porte d’un cabinet de médiation familiale. Ils souffrent de la rupture de lien avec leur fille depuis une dizaine d’années. Ils ont appris indirectement qu’ils étaient devenus grands-parents mais n’ont aucun lien avec leurs petits enfants, à la différence des liens construits avec les enfants de leur seconde fille. Cette situation qui est source de grande souffrance pour l’ensemble de la famille n’a pas de sens. Ils ont décidé d’agir pour ne plus rester dans cette situation d’impuissance et subir la situation. Ils ont pensé agir en justice pour faire reconnaitre le droit de leurs petits enfants d’avoir accès à leurs ascendants mais ils craignent que cela amplifie les tensions familiales et engendre une rupture irrémédiable avec leur fille. La médiation familiale leur paraît une démarche adaptée pour comprendre cet éloignement et tenter de recréer du lien avec leur fille ainée et leurs petits enfants.

Odile est inquiète sur l’état de santé de ses parents. Elle observe impuissante les jeux de pouvoir dans sa fratrie autour des aides financière, médicale et organisationnelle apportées aux parents. Certains enfants sont plus éloignés que d’autres des parents et si chacun essaye d’apporter son aide, les tensions au sein de la fratrie sont de plus en plus importantes créant des clans. Son père atteint de la maladie d’Alzheimer est de plus en plus diminué et sa mère conjointe aidante est extrêmement affaiblie. Elle aimerait échanger avec ses soeurs et ses parents de cette situation mais a beaucoup d’appréhension. De nombreuses questions se posent : un maintien à domicile de ses parents est-il toujours possible? Faut-il penser à une entrée en institution? Comment aborder ces sujets si délicats? L’assistante sociale qu’elle a rencontré lui a parlé de médiation familiale et elle a décidé de prendre rendez vous.

Michel, Paul, Laurence et Geneviève viennent de recevoir la décision du juge. Ils attendaient une décision tranchant leurs désaccords dans le cadre de la succession de leur grand-mère, leurs pères étant aujourd’hui décédés. Or le juge leur a proposé une médiation judiciaire dans le cadre d’une pré-audience civile. Ils se retrouvent entre cousins à échanger sur leurs désaccords concernant cette succession. Ils ne se sont pas vus depuis plus de 15 ans.

Sophie vient de recevoir une convocation avant audience. Elle est assignée avec sa soeur ainée, ses deux oncles en tant que coobligés alimentaires pour sa grand-mère qu’elle ne connait pas. Elle n’a jamais créé de lien avec cette grand-mère, son père aujourd’hui décédé ayant rompu les relations avec sa mère avant la naissance de ses filles. La convocation avant audience l’oriente sur une information sur la démarche de médiation. Elle appelle dans ce cadre pour obtenir cet entretien.

Toutes ces situations ont ceci de commun qu’elles concernent des relations intergénérationnelles. Si la médiation peut apporter une aide précieuse pour ces familles, c’est avec le soutien de professionnels qualifiés et formés spécifiquement pour ces situations.

Des médiateurs formés spécifiquement pour accompagner ces conflits intergénérationnels.

Ces médiations intergénérationnelles sont spécifiques par le nombre de participants parfois, l’éloignement des membres de la famille d’autres fois et le travail de préparation nécessaire avant les rencontres communes.

L’organisation de ces rencontres est à construire avec la singularité de la famille et peut nécessiter des pré-médiations. Des compétences sur la psychologie de la famille sont attendues, en même temps qu’un travail sur la posture du médiateur.

Le DE de médiateur familial est une formation longue et exigeante (490 h de théorie et 105 h). En plus de ses apports sur le processus de médiation, l’intégration des techniques de médiation, le droit, la sociologie et la psychologie, ce diplôme d’Etat comporte une spécificité au niveau familial (175 h) qui s’avère particulièrement importante pour ce travail. Ce diplôme d’Etat a également pour but de faire acquérir cette posture spécifique de tiers neutre qui demande réflexion, expérimentation et maturation (formation de 2 ans). Elle favorise aussi l’introspection, essentielle pour cette neutralité.

Mais cette formation du diplôme d’Etat est également à compléter par des connaissances sur des moments spécifiques de vie de la famille (la vieillesse, la maladie, le handicap, la perte d’autonomie, la mort), des compétences (l’organisation des rencontres, l’adaptation du cadre et du processus), des techniques opérantes pour travailler avec les groupes et un travail spécifique sur la posture du médiateur et les résonances en ces moments de vie si particuliers qui nous confrontent à la vieillesse et à la mort.

Au sein de l’Association MPA, nous oeuvrons pour prévenir et gérer les conflits intergénérationnels depuis plus de dix ans. Nous savons combien il est important de se former spécifiquement sur ces questions et nous avons conçu une formation sur le thème “Anticiper ou accompagner la perte d’autonomie d’un parent” soutenue par l’organisme Marianne Souquet. Cette formation se déroule cette année du 17 au 20 octobre 2022 à Fontenay aux roses. Il reste encore quelques places. Renseignez vous sur le blog de laetitiajoly.fr

Une journée de sensibilisation à la médiation intergénérationnelle est également organisée le 12 octobre 2022 à l’IRTS de Poitiers.

Des synergies entre professionnels à construire.

Dans le cadre des audiences civiles, la justice a de plus en plus souvent recours à la médiation, orientant les justiciables sur une information sur la démarche de médiation. Ces incitations à la médiation par la justice sont de plus en plus suivies par les parties et leurs conseils. Cette synergie entre professionnels nécessite d’être pensée et travaillée pour accompagner au mieux les familles.

En proposant la médiation, le juge joue un rôle de chef d’orchestre essentiel pour inciter les familles à reprendre le dialogue et construire des solutions adaptées et sur mesure. Les avocats apportent également un soutien indéniable à leurs clients pour leur permettre de mener à bien ce travail difficile de médiation (notamment sur l’aspect émotionnel avec plusieurs rencontres entre personnes en conflit) et une technicité indispensable au stade de la recherche de solutions et de la formalisation d’un écrit. C’est bien cette synergie entre professionnels, chacun dans une posture différente, qui va étayer les parties pour aboutir à une solution négociée satisfaisante pour tous. Garant du cadre et du processus, il appartiendra au médiateur de mettre en oeuvre cette synergie opérante.

Des synergies avec le secteur médico-social sont encore à construire. Certaines initiatives à l’étranger sont d’ailleurs très intéressantes, comme à Ragusa, dans cette petite ville du Sud Est de la Sicile, où dès 2007 un service de médiation intergénérationnelle était intégré au sein des services sociaux de la Municipalité.

Ce service de médiation a rejoint précisément l’espace de Tutelle de la personne âgée qui comprend différents services, comme l’aide à domicile des personnes âgées, le bien-être social et sanitaire, l’entrée en institution, la téléassistance, les demandes d’ouverture d’une tutelle administrative.

Les médiateurs C.Marzotto et G.Di Grandi continuent d’œuvrer pour faire reconnaître non seulement l’intérêt de la médiation intergénérationnelle mais encore les compétences spécifiques nécessaires pour les professionnels accompagnant les familles en Médiation familiale intergénérationnelle.

Au sein de @L’association médiation part’Âge, nous rejoignions ces professionnels sur la spécificité de ces médiations intergénérationnelles et l’importance pour les médiateurs de se former spécifiquement à ces médiations.

Alors n’hésitez pas à vous former pour gagner en compétence et mieux accompagner les familles!

En savoir plus sur le blog de laetitiajoly.fr

Ecrit par Laetitia Joly

Depuis 2012, Laetitia Joly a accompagné plus de 500 médiations dans le domaine civil et familial.

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La médiation se fonde sur l’autonomie et la responsabilité des personnes et part du principe que les personnes soutenues par un professionnel à l’écoute, indépendant et impartial, sont les mieux à même pour trouver une solution adaptée à leurs difficultés et la mettre en œuvre.

C’est la posture particulière du médiateur qui fait l’efficacité de la démarche, une posture de tiers neutre, indépendant et impartial.

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